Menaces et exclusions au Congrès féministe universitaire CIRFF

acbd61059080b5651938ecc2c0e91391Le 8ème Congrès international des recherches féministes dans la francophonie CIRFF se tient à l’université de Paris Nanterre du 27 au 31 août 2018. Dans le cadre de ce congrès, l’Institut Emile du Châtelet, IEC, avait proposé un Café-débat intitulé « Conditions et contours d’un féminisme universaliste ». 

Ce café figurait donc et figure toujours dans le programme du congrès qui compte un nombre pléthorique d’interventions. Le Programme du congrès : https://cirff2018.parisnanterre.fr/

                             

Pourtant, les Comité d’organisation et scientifique du CIRFF ont pris la décision de déprogrammer ce Café-débat, après que des pressions et même menaces aient été exercées pour que les deux féministes universalistes, Fatiha Boudjahlat auteure de « Le Grand détournement » et Christine Le Doaré co-fondatrice et l’une des porte-parole des VigilantEs, ne puissent s’exprimer. 

Cette décision, n’a pas été suffisamment contestée par la présidente de l’Institut Emilie du Châtelet qui l’a entérinée alors même qu’elle se qualifie aussi de féministe universaliste. La présidente de l’IEC prise dans la tourmente finira par démissionner.  

Ceci démontre à quel point les « nouveaux féminismes » (racialiste, indigéniste, islamique, afro, post-colonial etc.) sont virulents à l’encontre du féminisme historique universaliste. Ces « nouveaux féminismes » ont la main mise sur les milieux universitaires et les études de genre, en particulier depuis que ces dernières ont détrôné les études féministes. 

 

Fatiha Boudjahlat dérange parce qu’elle contredit et s’insurge contre la notion de féminisme « blanc », ne cautionne pas les dérives racialistes qui divisent les mouvements sociaux et politiques et pourfend sans relâche les ennemi.e.s de la laïcité.

Christine Le Doaré dérange parce que féministe universaliste de longue date et ancienne porte-parole du Mouvement LGBT elle a toujours défendu le féminisme universaliste, solidaire et sans frontière d’aucune sorte, car les femmes du monde entier subissent des discriminations et violences communes ; d’autres, plus spécifiques se surajoutent. Elle a toujours affirmé que diviser les femmes en communautés, fonction de leur couleur, ethnie, religion, etc. ne sert que le système patriarcal et retarde l’émancipation globale des femmes, l’égalité femmes-hommes. 

Mais il n’est pas juste de dire que « LE féminisme universaliste a été censuré ». En effet, si les deux intervenantes déprogrammées s’en revendiquent, fort heureusement elles ne sont pas les seules, et il serait bien trop fastidieux d’en dresser une liste.

 

Les prétextes mis en avant par les Comités d’organisation et scientifique du CIRFF pour justifier leur censure sont : 

  • Un tweet humoristique de Fatiha Boudjahlat répondant à Rokhaya Diallo qui expliquait que le  port du voile permettait aux femmes de ne plus être à disposition des hommes ;  comme si disparaître sous une tenue islamique (ou autre d’ailleurs), était le seul moyen pour les femmes de ne plus être considérées comme des proies. Et pourquoi ne pas lutter pour que les hommes se comportent décemment, et pourquoi ne pas viser l’égalité femmes-hommes ? Que des universitaires puissent utiliser un tel argument est proprement indigne. De toute façon, ceci n’éclaire en rien la censure exercée dans la foulée, à l’encontre de Christine Le Doaré.
  • La présence dans ce Café-débat de deux intervenantes identifiées comme féministes universalistes. D’autres tables rondes, ateliers, interventions, etc.  seront tenues par des personnes de la même orientation ; Christine Le Doaré et Fatiha Boudjahlat n’ont pas les mêmes expériences, ne sont pas issues des mêmes milieux militants ni professionnels ; un temps de débat était prévu avec le public.  Cet argument est donc tout aussi fallacieux. 

 

La vraie raison de cette censure ne serait-elle pas qu’il fallait effacer ces personnalités qui osent s’opposer aux égéries médiatiques des courants politico-intellectuels qui ont construit la théorie du racisme d’Etat et l’ont imposée dans certaines universités françaises ? Nous savons combien certain.e.s universitaires ont payé cher dans leurs carrières, leur défense de l’universalisme et de la laïcité.

Les Comités d’organisation et scientifique du CIRFF ont fait d’une pierre deux coups en évinçant des féministes ET laïques, ce qui s’apparente à un vulgaire règlement de compte politique.

Cette censure marquera d’un tache indélébile ce rendez-vous qu’est le CIRFF, et qui de congrès en congrès depuis 1996, a adoubé cette ligne politique dévastatrice pour les droits de femmes : la convergence des luttes avec des courants dont les objectifs sont bien éloignés du féminisme, de l’émancipation des femmes et de l’égalité Femmes-Hommes.

Les financeurs (L’INED, le CNRS, l’ANEF, la Mairie de Paris, des Universités, l’Organisation internationale de la Francophonie, etc.) devront prendre leurs responsabilités. Peuvent-ils cautionner par leur financement un « féminisme » plutôt qu’un autre, l’absence de pluralisme dans les orientations de ce congrès, son sectarisme et maintenant la censure ? 

 

De telles pratiques sont antinomiques avec les principes de base de la recherche et de la démarche scientifique, elles s’apparenteraient plutôt à une forme de stalinisme revival !

Les VigilantEs

 

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